MESSE TELEVISEE DU 3 JANVIER

DEROUTES PAR LA JOIE

Homélie de la messe télévisée du Dimanche de l’Epiphanie / le Jour du seigneur / Eglise St Pierre St Paul Lille / Fr. Didier Croonenberghs op.

 

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »

Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

 

 

Il y a quelque chose de surprenant dans le texte que nous venons d’entendre. Sans doute l’avez-vous remarqué. Les mages sont remplis de joie à la fin de leur périple, lorsqu’ils voient… l’étoile et non l’enfant ! Comme pour nous rappeler que la vraie étoile du récit n’est autre que l’enfant de la crèche… et que ce qui procure une joie profonde, ce sont nos lieux d’enfantement, de fécondité.
Cela, les mages ne le découvrent qu’à la fin de leur trajet !

Dans nos vies, il y a tant de signes et de paroles dont nous ne comprenons pas de suite la signification. Les mages, eux, ne se sont pas découragés en chemin. A nous de les suivre, patiemment. A nous de prendre des risques. De déplier la carte de notre ciel intérieur —quitte à faire des détours ! Prendre leur chemin, c’est aller d’enfantement en enfantement… Regardons leur route : ils viennent de l’orient, là où la lumière se lève, et marchent vers une autre lumière, celle du Christ qui nous relève !

Pour suivre la route des mages, n’ayons pas peur de demander de l’aide et regardons les proches autour de nous ! Ce sont autant d’astres qui nous aident à mettre au monde les valeurs auxquelles nous tenons. Regardons ces étoiles —parfois mystérieuses— qui nous entourent. N’éclairent-elles pas nos zones d’ombres et nos faces cachées lorsque nous sommes déboussolés ?  Il y a d’abord ces personnes apparues subitement dans nos vies et qui ont provoqué des bouleversements… Il y a aussi ces étoiles filantes qui nous ont fait faire des erreurs, et nous ont fait grandir. Toutes ces rencontres fugaces qui nous ont marqué par leur éclat ; ou ces étoiles du berger qui nous ont offert leur fidélité. Contemplons enfin ces personnes qui nous ont précédé, ces étoiles éteintes depuis longtemps… mais dont la lumière nous atteint encore et nous aide à garder le cap.
Nos vies sont ainsi faites d’une constellation de rencontres, d’étoiles lointaines parfois, et pourtant si proches de notre cœur.

Prendre la route des mages, c’est quitter le lieu des sages, des “sachants”, pour nous laisser guider par autre chose finalement que nos propres désirs. Par les étoiles de nos proches. Et par le seul vrai roi du récit : l’enfant de la crèche, qui nous révèle un Dieu fragile, un Dieu libre, qui se laisse découvrir dans un simple geste maternant, dans n’importe quel lieu d’enfantement et de promesse.

Tous, nous dit Saint Paul, nous sommes « associées au partage de cette promesse » ! Chacun de nous peut faire ce chemin : découvrir une fécondité joyeuse, au-delà de l’échec et de l’erreur. Pour cela, ne soyons pas comme les prêtres et les scribes, immobiles, bloqués par une vérité qui ne les met pas en mouvement ! Allons au-delà de Jérusalem, à la crèche de Bethléem, vers notre propre enfantement ! Ouvrons le coffret de notre cœur et offrons myrrheor et encens, notre passé, notre présent, notre futur !

Quel que soit notre passé, offrons de la myrrhe. La myrrhe est ce qui embaume les morts. Il s’agit de dépasser ses histoires douloureuses, faire dans sa vie un deuil fécond, tourner la page du passé. Déposons dans la prière nos histoires blessées devant l’enfant de la crèche, et prenons en ce début d’année une nouvelle route, déroutante, avec confiance.

Qui que nous soyons, nous avons tous l’or de notre présent, ce bien le plus précieux et qu’il ne tient qu’à nous de donner. Déposons l’or notre quotidien au pied de la crèche, et offrons à ceux qui en ont le plus besoin le don de notre écoute, de notre présence.

Enfin, quels que soient nos projets, offrons l’encens de notre futur, même s’il est sombre, mystérieux. Mettons un parfum divin à nos relations, un goût de joie, d’humour pour que se dissipe la tristesse, pour qu’il y ait à nouveau de l’espérance, là où tout semble fermé.

Oui, malgré nos peurs et nos hésitations, déposons au pied de la crèche notre chemin : passé, présent, à venir. Et prenons une autre route ! C’est ce que je nous souhaite au seuil de cette nouvelle année ! Comme le dit l’expression, « Si nous faisons comme nous avons toujours fait, nous obtiendrons ce que nous avons toujours obtenu ! ». Mais si nous retournons chez nous par un autre chemin, nous découvrirons alors —les yeux pleins d’étoiles— des lieux insoupçonnés d’enfantement et de promesse. Amen.

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