Homélies du dimanche à Saint Pierre-Saint Paul

Homélie prononcée par le  Père V.LASCEVE le dimanche 2 février 2026 en l’église Saint Vincent de Paul lors de la célébration de 10 h 30.

Téléchargement de l’homélie : voir fichiers ci-dessous 

Hier, j’ai eu la chance de lire ce texte avec nos amis du groupe Lisons la Bible. C’est un groupe biblique auquel vous êtes tous invités qui se réunit toutes les trois semaines environ pour lire ensemble la parole de Dieu. Et lorsque nous avons lu ce texte, il y a eu deux réactions.

La première, c’est une dame qui a dit « Les béatitudes, c’est pour quand ? » Parce qu’on ne voit pas tout cela autour de nous. Et puis quelqu’un d’autre a dit « Je n’aime pas ce texte qui semble dire que le mal, c’est bien. » Alors c’est vrai que ce texte des béatitudes peut nous paraître provoquant.

Comment dire bienheureux ceux qui vivent dans la pauvreté, dans les larmes, dans la violence ou dans la persécution. Mais Jésus n’est pas là pour nous provoquer. Il n’est pas là pour se moquer de nous en niant la souffrance.

Parce que lui, il a passé sa vie à guérir et à consoler les souffrants qu’il croisait. Et il a même fini sa vie dans des souffrances extrêmes pour nous. Alors ce texte des béatitudes, il n’est pas une provocation mais il est une promesse.

Une promesse que le mal, quel qu’il soit, dans notre vie n’aura jamais le dernier mot. Et que même dans la souffrance, un chemin de vie, une marche vers le bonheur est possible dès lors que nous ouvrons notre cœur à Dieu. Le bibliste André Chouraqui a d’ailleurs traduit ces béatitudes, ce mot bienheureux par le mot « en marche ».

En marche les pauvres de cœur, car le royaume des cieux est à vous. Le bonheur, c’est un bonheur qui est au terme d’une promesse. Et déjà si nous prenons ce chemin, nous entrons dans le royaume de Dieu.

On peut se poser à travers cet évangile trois questions. La première, c’est qu’est-ce que les pauvres de cœur ? La deuxième, c’est comment devenir pauvre de cœur ? Et la troisième, c’est qu’est-ce que ce royaume qui est promis aux pauvres de cœur ? Alors la première lecture peut nous aider à comprendre ce que sont les pauvres de cœur. Sophonie s’adresse aux habitants de son pays au 7e siècle avant Jésus-Christ.

Et ils vivent dans un pays qui est assailli par l’ Assyrie. Et les païens ont un petit peu contaminé Jérusalem avec leurs coutumes. Mais il reste des gens qui sont fidèles à la foi d’Israël.

Ils sont peu nombreux, ils sont méprisés. Et on les appelle les anawim, c’est-à-dire les pauvres du Seigneur. Anawim, ça veut dire courbés.

Parce que ces gens, ils vivent sous le poids courbé, sous le poids du fardeau. Et surtout, peut-être comme nous, ils ne savent pas de quoi demain sera fait. Et donc ils sont totalement dépendants de Dieu.

Et leur seul abri, c’est le nom du Seigneur. Et les pauvres de cœur, dont Jésus parle dans l’Évangile, ce sont ceux qui, comme nous, essayent de vivre leur foi en cherchant le Seigneur, en cherchant la justice, en cherchant l’humilité. Ce sont ceux qui, comme nous, peinent et dont les lendemains ne sont pas assurés.

Et que dit Jésus dans son Évangile, à un autre passage de Matthieu ? Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, vous tous les pauvres de cœur, et moi, je vous procurerai le repos. Attention, être pauvre de cœur, ce n’est pas baisser les bras devant la pauvreté. Pour Dieu, la pauvreté est toujours un mal, un mal qu’il faut combattre.

Mais lorsque l’on a fait tout ce qu’on peut pour guérir, pour avoir des papiers, pour avoir un travail, et lorsqu’on fait le maximum pour ses enfants, eh bien, si le mal, la pauvreté, persiste, eh bien, si l’avenir est incertain, il nous reste. Il nous reste quoi, à votre avis ? La foi, l’espérance, l’amour. Parlez bien fort.

Qu’est-ce qu’il nous reste ? Eh bien, la mémoire de ce qui a été vécu est très simple. Qu’est-ce qu’il nous reste ? L’abandon. Voilà, il nous reste Dieu.

Il nous reste Dieu. Dieu, personne ne pourra jamais nous l’enlever. Et nous pouvons faire confiance à Dieu.

Alors, la pauvreté de coeur dont parle Jésus, eh bien, c’est justement cette capacité à faire confiance à Dieu, à lui laisser toute la place dans notre vie, parce que nous faisons l’expérience que nous sommes pauvres, mais aussi que Dieu est bon et qu’il nous a sauvés et qu’il continuera à nous sauver. Alors, on peut se demander comment est-ce qu’on peut devenir pauvre de coeur, parce que tout le monde nous a envie de vivre ce bonheur des béatitudes. Je crois qu’on peut devenir pauvre de coeur, mais que cela se passe par un combat spirituel, un terrible combat dont le poète Rimbaud a dit qu’il est aussi brutal que la bataille d’homme.

Le combat spirituel, c’est parfois se débattre dans la pauvreté contre la colère, dans l’angoisse, l’inquiétude, parfois la culpabilité ou même le désespoir. Mais petit à petit, à travers ces luttes, en nous tournant inlassablement vers ce Seigneur qui nous aime, nous pouvons, petit à petit, lui faire davantage confiance et croire qu’il est aux commandes de notre vie. Il y a eu dans l’église de Constantinople un patriarche qui s’appelle Athénagoras qui est mort en 1972 et qui nous a laissé un texte très beau de sa lutte, de son combat spirituel pour vivre cette béatitude des pauvres de coeur.

Vous pouvez trouver facilement ce texte sur Internet. Il nous dit « Il faut mener la guerre la plus dure contre soi-même. Il faut arriver à se désarmer.

J’ai mené cette guerre pendant des années. Elle a été terrible. Mais maintenant, je suis désarmé.

Je n’ai plus peur de rien car l’amour chasse la peur. » Le texte est un petit peu plus long mais il conclut « Quand on n’a plus rien, on n’a plus peur. Si l’on se désarme, si l’on se dépossède, si l’on s’ouvre au Dieu homme qui fait toute chose nouvelle, alors lui efface le mauvais passé et nous rend un temps neuf où tout est possible.

Alors si nous vivons cela, nous entrons dans le royaume. Athenagoras nous dit qu’être pauvre de coeur, ce n’est plus avoir peur, c’est être dans le royaume. Ce n’est pas nous qui nous faisons entrer dans le royaume.

C’est Dieu qui agit. Et le psaume, il nous parle de tout ce que fait Dieu pour nous. Dieu est celui qui redresse les courbés, qui redresse les accablés, qui soutient la veuve et l’orphelin et qui protège l’étranger.

Tiens, le Seigneur protège l’étranger. Nous ferions bien de méditer cette parole du psaume. Le Seigneur protège l’étranger.

Et cette confiance en Dieu, cette ouverture du coeur, elle est source de joie, elle est source de tout ce que vous avez dit, d’abandon, de confiance, de joie, de paix. Et c’est ça, le royaume. Peut-être que nous avons déjà eu la grâce de rencontrer des personnes avec un coeur de pauvres.

Elles sont malmenées par la vie ou pas, mais elles sont entrées dans le royaume. Dans la pauvreté qui nous use lorsque nous n’en pouvons plus, nous pouvons lâcher prise, nous pouvons dire à Jésus, écoute, je n’en peux plus, mais je m’en remets à toi. Quand on n’a plus rien, on n’a plus peur, parce que quand on n’a plus rien, on est dans la main de Dieu, on est dans le royaume.

Seul celui qui a ouvert son coeur au Seigneur dans la confiance peut le comprendre. Ça, c’est un mystère. C’est le mystère que le Père a caché aux sages et aux savants et qu’il a révélé aux tout-petits.